Nous avons eu pendant nos deux années à la Baille la chance d'avoir  un"pape" remarquable dont toute la promotion 1953 garde un très grand souvenir.  

I

La lettre d'Edith

I

II

III

IV

J'ai reçu ta lettre cousin

Celle où tu me dis ton chagrin

d'être si loin de ta famille,

Et pour que tu sois plus patient,

je viens t'écrire du couvent

Suis-je gentille ?

Finis, les jolis mois

Où nous allions courir les bois,

Pour y cueillir la paquerette,

Et nous asseoir si près, si près

Que parfois sans le faire exprès

J'étais coquette.

Car te voila bien loin sur l'eau !

Que le borda doit être beau !

Tu dois drimper dans les cordages 

Est-il bien haut le cacatois  ? 

J'y voudrais monter avec toi

Voir l'paysage.

Dis te souviens-tu hamac,

Sous les tilleuls au bord du lac,

Où nous nous balançions ensemble,

Le tien doit t'y faire penser

Et de beaux jours te rappeler

S'il lui ressemble. 

V

VI

VII

VIII

Lorsque tu vas dans ton canot,

Oh ! mon cher petit matelot,

Tu dois songer que ta cousine

Y venait avec toi souvent,

Et que l'on se moquait bien du vent,

Et de la bouline.

Sois bien sage, ne m'oublie pas !

Et rappelle toi que tout bas

Tu me fis la chère promesse

De me conserver un trésor

Oh ! dis moi que tu l'as encore

Pour mes caresses.

Tu m'écriras  des ports lointains 

Où t'emmènera le Bougain,

Dans ses croisières triomphales,

Le long journal de tes actions,

Et n'oublie pas ma collection 

De cartes postales.

Pleine de baisers frémissants,

Et parfumé d'aveux troublants,

Que ma douce lettre t'enchante,

Réponds-moi tu seras gentil

Et surtout, n'oublie pas, petit,

Poste restante.

(Enseigne GABOLDE 1900)

LA LEGENDE DU BORDA

I

II

III

Je m'en vais vous conter une bien belle histoire,

Cette histoire authentique, est celle du Borda,

Ce navire autrefois connut des jours de gloire,

En suivant les vaisseaux, de l'antique Armada.

C'est vers lui qu'ils venaient souvent se délasser,

Si vous êtes frappés, par les bizarreries,

De notre vieux ponton (ter)

Songez au temps passé ! (bis)

IV

De huit jours en hui jours, le quadrille de la flotte,

De ces dames venait passer l'inspection,

C'était un vieux marin, trop fort pour qu'on le carotte,

Quand il était content, il donnait un marron,

Ce marron de la dame indiquait le mérite,

Et tous les arrivants devaient le réclamer .

De là viennent les marrons, de là vient la visite,

                   Que deux fois chaque mois

                    On nous force à passer

V

Ces dames sans leurs trousseaux possédaient une capote

Tenue par un filin surnommé le couillard !

Elles  le prétaient parfois aux timides de la flotte

Aqui l'on commandait pour les rendre moins trouillards :

"A faire la chemise de la parisienne !

Décapelez les jarretières ! montez à cheval dessus ! "

Il suffit qu'à la baille en octobre on revienne

                 Pour entendre commander 

             Ce qu'ailleurs on ne commande plus.

VI

Le pont avait en tout soixante -neuf virures, 

pomme du grand mât soixante-neuf mètres encore;

Sur le chateau  d'arrière, surchargé de dorures,

Un très grand numéro était gravé dans l'or.

Pour cacher c'numéro, on a mis une étoile,

Et maintenant vous la trouverez là.

Elle sert à la fois , d'emblème et de voile,

Et l'étoile d'aujourd'hui,

C'est l'image du Borda

Quand on transforma c'"fiot" en école navale,

On garda la plupart de ses institutions,

Et les vieux draps de lit trouvés à fond ce cale

Firent une voilure boyarde pour un pareil ponton.

Comme un vieux souvenir, on garda sur l'arrière

Les deus femmes de bois, tristes comme des cercueils;

Cependant qu'à l'avant, malgré son air austère,

                      Le chevalier Borda

                 Cherche à leur faire de l'oeil.

Et quand tout fut paré pour messieurs les bordaches,

On fit prendre au vaisseau son dernier corps-mort.

La peinture couvrit ses dernières taches;

Sur la poipe et l'étoile, on repassa de l'or.

Et pour changer son nom sans s' donner trop de peine,

Ca commencait par "Bord...", on l'appela BORDA !

Et si l'on vous demance la légende ancienne

                 De notre vieux Borda,

         Vous n'aurez qu'à dire çà. 

(HOUETTE 1910)